1. Une aggravation du déficit courant, principalement due au creusement du déficit commercial

En 2014, la détérioration du solde du compte courant, entamée depuis 2010, s’est poursuivie. Il s’est établi à -7,4 Mds TDN (soit 8,9% du PIB) en 2014, contre -6,3 Mds en 2013 (8,3% du PIB) et -5,8 Mds en 2012 (8,2% du PIB). L’aggravation du déficit courant s’explique principalement par une augmentation du déficit commercial des biens.

a. Aggravation du solde commercial des biens et services

Le déficit commercial des biens et services, qui s’aggrave continuellement depuis 2010, a poursuivi sa dégradation en 2014. Il s’est ainsi creusé de 25% entre 2013 et 2014 pour s’établir à 8,8 Mds TDN (4,1 Mds d’€), soit 10,5% du PIB, alors qu’il y a cinq ans, en 2010, il représentait 4,7% du PIB.

Cette dégradation s’explique principalement par l’augmentation du déficit de la balance commerciale des biens, et en particulier l’aggravation du déficit de la balance énergétique (solde de – 3,6 Mds TDN en 2014, ce qui représente 26,7% du déficit commercial). Par ailleurs, le déficit commercial reste composé pour 1/3 d’un déficit en biens d’équipement et pour un autre tiers en biens de consommation.

Le solde de la balance commerciale des services, qui reste toutefois excédentaire, a connu une dégradation qui n’a pas permis d’améliorer le solde commercial global – baisse de 2,6 % entre 2013 et 2014, pour s’établir à 2,6 Mds TDN. Cette dégradation est notamment due à la baisse des recettes de transport (-6,8%), directement liée à la baisse d’environ 50% de la redevance versée à l’Etat tunisien pour le passage du gazoduc reliant l’Algérie et l’Italie (passée de 478 M TDN en 2013 à 229 MTDN en 2014). En outre, malgré la régression du nombre des arrivées aux frontières (-3,2% en 2014), les recettes touristiques ont augmenté de 10,7% sur 2014, à 3,6 Mds TND (1,6 Md €). Ces chiffres ne sont toutefois pas synonymes d’une amélioration des performances du secteur : rapportées à l’inflation et au change, les recettes touristiques sont en stagnation.

b. hausse des revenus des facteurs et des transferts courants

L’excédent du solde des revenus du travail a connu une croissance continue depuis 2011 (+ 40% entre 2011 et 2014) pour atteindre 3,9 Mds TDN en 2014. Ce dernier a ainsi pu couvrir le déficit des revenus du capital (-3,1 Mds TDN). Le solde des transferts unilatéraux connait également une tendance positive depuis 2010 (+91%) et a atteint 593 MTDN en 2014. Ces montants sont toutefois mineurs et leur évolution ne reflète pas de tendance profonde.

2. Une nette amélioration du solde de capital et financier, qui compense la détérioration du compte courant : les bailleurs comblent toujours les besoins de financement croissants de la Tunisie

Le solde, excédentaire, du compte de capital et d’opérations financières a connu une forte augmentation entre 2013 et 2014 : de 5 Mds TDN à près de 9 Mds (+ 80%). Alors que les investissements étrangers sont en recul, cette augmentation est essentiellement due aux prêts et emprunts contractés auprès de l’extérieur. Ce fort excédent a permis de couvrir le déficit du compte courant.

a. Baisse de l’investissement étranger, toujours en deçà des performances d’avant la Révolution

Le solde des investissements étrangers (composé à 8,5% d’investissements de portefeuilles et 91,5% d’Investissements Directs Etrangers – IDE), toujours excédentaire, a connu une baisse de 6% en 2014 par rapport à 2013 pour s’établir à 750 M€.

En 2014, les entrées nettes d’IDE ont représenté 1,6 Md TDN (env. 780 M€), en baisse de 5,3% par rapport à 2013. Des baisses substantielles ont été enregistrées dans l’industrie (-36%, alors que ce secteur représente 17% des IDE) et dans l’énergie (-13,7%), qui compte pour près de la moitié des entrées d’IDE. Les entrées d’IDE connaissent une très forte hausse dans les services: +108,8% grâce à l’augmentation en capital par des non-résidents de trois institutions bancaires. Ce secteur représente ainsi 24,2% des IDE mais ses belles performances n’ont pas permis de contrebalancer la baisse des entrées dans l’industrie et l’énergie.

En 2014, les flux d’IDE n’ont toujours pas retrouvé leur niveau de 2010 (-22,3%) du fait de l’instabilité politique, économique et réglementaire, ainsi que de la faiblesse du climat des affaires. On aurait pu attendre une reprise des IDE en 2015 à la faveur de la transition politique achevée fin 2014. Cependant, ce mouvement risque d’être compromis par les incertitudes que représentent pour les investisseurs la situation sécuritaire et les mouvements sociaux qui agitent le pays; les investisseurs attendent par ailleurs des actions plus concrètes du nouveau gouvernement en place depuis février 2015, qui peine à mettre effectivement en oeuvre ses annonces de réformes (loi sur les partenariats publics-privés, code des investissements, réforme fiscale, etc.). Malgré toutes ces difficultés, le solde excédentaire des IDE montre que la Tunisie reste un pays attractif pour les investisseurs étrangers.

Les investissements de portefeuille entrants, ont, quant à eux, enregistré une baisse de 10,6% en 2014, à environ 70M€.

b. Très forte augmentation des tirages sur les capitaux extérieurs

Les autres investissements, largement constitués des tirages sur les capitaux extérieurs, ont atteint 6,7 Mds de DT en 2014 (soit plus du double de ce poste en 2013), ce qui explique principalement l’amélioration du solde global de la balance des paiements. Depuis la Révolution les prêts et emprunts à moyen et long terme de l’administration et de la banque centrale ont significativement augmenté (3,1 Mds de DT en moyenne entre 2011 et 2013 contre 1,1 Md en 2010). Cette augmentation s’explique à la fois par les efforts des gouvernements successifs pour mobiliser des prêts à l’étranger, ainsi que par la volonté des bailleurs d’aider la Tunisie, seul pays de la région à avoir réussi sa transition démocratique.

c. Maintien des réserves de change

Grâce aux appuis internationaux mentionnés ci-dessus, et malgré la détérioration croissante de son compte courant, la Tunisie a pu maintenir ses avoirs nets en devises à 13 Mds TND (5,72 Mds €) fin décembre 2014, couvrant ainsi 112 jours d’importation, contre 107 jours fin décembre 2013. Ce montant a par ailleurs bénéficié de la première émission obligataire lancée début janvier par l’équipe précédente sur les marchés internationaux -sans l’appui d’aucune garantie de pays tiers- à hauteur d’1 Md de dollars.