Acheter une entreprise à l’étranger.

Vous avez en vue une entreprise  étrangère au modèle économique sensationnel – ou peut être elle dispose t-elle seulement de compétences dont manque votre société – et vous vous demandez s’il faut ou non l’acquérir. En théorie, cette acquisition devrait apporter de nouveaux savoir-faire à votre société et l’aider à croître, mais absorber une entreprise étrangère risquerait d’entraver vos activités nationales. Alors, faut-il acheter ?
Jusqu’à présent, les dirigeants n’avaient d’autre choix que de prendre le pari qu’assimiler la société cible ne perturberait pas leurs activités nationales. Mais notre étude de plusieurs sociétés françaises leur fournit une solide base d’action. Les entreprises qui ont acquis des sociétés dans d’autres pays affichent, trois ans plus tard, une meilleure productivité à l’échelle nationale que celles qui ne l’ont pas fait. Nous avons aussi découvert que les acquisitions transfrontalières étaient plus instructives que celles réalisées à l’intérieur du pays.

Notre analyse de 83 acquisitions transfrontalières montre que plus le pays ou le secteur d’activité ciblés sont compétitifs, plus les bénéfices sont importants, parce que les sociétés acquises ont plus de chance d’être pointues en matière d’activités et de positionnement. Les meilleures plus-values sont réalisées quand l’acquéreur investit aussi chez lui. Acquisitions transfrontalières et investissements intérieurs sont mutuellement profitables à la productivité.

C’est le cas du géant des produits laitiers français, Danone, qui a acquis en 2004 le leader américain des yaourts bio Stonyfield, doté de compétences en marketing des produits bio et en développement durable. Danone a bénéficié de cette expertise : par exemple, le groupe a utilisé l’indicateur carbone de Stonyfield pour mesurer l’impact environnemental, et a appris qu’œuvrer pour la réduction des émissions de méthane des vaches rimait avec animaux en meilleure santé et lait plus riche en oméga-3. Peu après cette acquisition, Danone a lancé sa propre marque bio, Les 2 Vaches, qui représente moins d’une décennie plus tard presque 20% du marché français du yaourt bio.

L’Oréal en est un autre bon exemple. Ses acquisitions des sociétés américaines Soft Sheen (1998) et Carson (2000), conjuguées à 11 millions de dollars d’investissement dans la recherche sur la peau et les cheveux des personnes noires, lui ont apporté des connaissances dans ce que l’on appelle les produits capillaires ethniques. L’entreprise a ensuite créé SoftSheen-Carson Europe et a proposé ses cosmétiques ethniques sous ses marques françaises ; des produits qui réalisent d’importantes percées sur les marchés africains.

De précédentes études ont montré qu’en étendant leurs activités à l’étranger, les sociétés acquièrent de nombreuses connaissances, car elles s’exposent à des nouveautés dans les écosystèmes de marchés, les potentiels de R&D, les compétences fonctionnelles, les modalités d’organisation et les pratiques managériales. Nous avons confirmé que cet effet s’applique aussi aux acquisitions transfrontalières.

Notre étude a également établi un contrepoint aux recherches qui affirment que les investissements directs étrangers réduisent les investissements nationaux presque au dollar près. Nous avons découvert que les acquisitions internationales ont tendance à augmenter l’efficacité globale du secteur national des sociétés acheteuses.