Tunisie-France : un lien plus que fraternel

Les chifres parlent d’eux-mêmes. En 2017, 1 400 entreprises françaises étaient implantées en Tunisie et employaient 138 000 personnes. La France était le premier investisseur direct pour un montant de 200 millions d’euros, ce qui représente 45 % du total des IDE hors énergie.
Selon Zied Ladhari, ministre tunisien du Développement, de l’Investissement et de la coopération internationale, « 60 % de notre diaspora est en France. », ajoutant : « La France est traditionnellement notre premier partenaire, notre premier client, notre premier fournisseur. »

Soutien de la France

C’est à la Tunisie que le président français Emmanuel Macron a réservé, in janvier, sa première visite d’État au Maghreb. Tout un symbole dans ce pays aux relations historiques privilégiées avec la France. Sa présence a aussi marqué son soutien à la transition démocratique et à l’économie de ce pays fragilisé par les difficultés, sept ans après sa révolution. Ce geste politique français a eu d’autant plus de valeur que les deux semaines précédentes avaient été marquées par une nouvelle vague de manifestations dans plusieurs villes tunisiennes. Ce mouvement social contre les mesures d’austérité entrées en vigueur en janvier avait même tourné à l’affrontement avec les forces de l’ordre et fait craindre un nouvel embrasement. Le président Macron a notamment lancé un appel aux entreprises françaises à revenir massivement dans le pays. Le chômage officiel y reste supérieur à 15 %, celui des jeunes culmine à 30 % et le tourisme peine à repartir.

Renouveau du français
Le gouvernement tunisien a récemment réafirmé son attachement au statut privilégié de la langue française. À l’automne 2016, le ministre tunisien de l’Éducation avait envisagé de faire de l’anglais la seconde langue du pays. Balayant cette option, le gouvernement avait très vite réaffirmé le statut privilégié du français en Tunisie. Interrogée sur la place du français dans le monde des affaires en Tunisie, Astrid Lauer, représentante franchisée du groupe Pigier en Algérie, prévoit un déploiement de son activité en 2018 sur le sol tunisien: « Nous allons développer le diplôme de français professionnel.

Il y a une forte demande de la part des étudiants des universités. Par ailleurs, celles-ci sont suffisamment bien équipées pour s’adapter à des modules de e-learning.» Une prédominance de l’anglais sur le français aurait entraîné au moins une conséquence fâcheuse : elle aurait conduit peu à peu à une érosion des relations diplomatiques privilégiées avec la France. A contrario, réaffirmer la place du français comme deuxième langue du pays après l’arabe permet à la Tunisie de profiter de l’émergence démo- graphique et économique de l’Afrique subsaharienne francophone, un des relais de la croissance mondiale.
Un lien indéfectible Plusieurs grands investisseurs français se réjouissent de la force de ce lien, tout en suggérant à la société tunisienne de savoir aussi « regarder ailleurs ».

Xavier Niel, fondateur d’Iliad, est présent en Tunisie. Interpellé pendant le forum du 1er février sur les liens symboliques qui unissent les deux pays, il déclare : « je suis surpris que les entrepreneurs tunisiens soient si liés à la France. C’est bien mais la Tunisie doit s’affranchir de cette tutelle d’image. »

Stéphane Richard, Pdg d’Orange, également présent, partage le même avis : « la relation particulière avec la France est un atout pour le pays. » Elle ne doit pas empêcher la Tunisie de se tourner vers l’Afrique et d’autres pays francophones.

Alexandre Ratle, président des CCE Tunisie, a ainsi déclaré pendant le forum. «Cette langue n’est plus la langue de la France mais celle de 274 millions de personnes dont les Tunisiens. Aujourd’hui la zone économique francophone représente 16 % du Pib mondial et 20% du commerce international. En 2050 le français sera parlé par plus de 700 millions de personnes. Les Tunisiens ont tous les atouts pour bénéficier pleinement de ces marchés d’avenir. »

Par ailleurs, la France ne doit plus être perçue comme une destination refuge pour les jeunes qui sont particulièrement touchés par le chômage. Stéphane Richard détaille : « Le groupe Orange a investi ici un milliard de dinars depuis 2011 et créé 1 200 emplois directs auxquels s’ajoutent 4500 emplois indirects. L’enjeu est de donner envie aux jeunes de rester ». Dans cette optique, le groupe a également installé un centre de formation pour les jeunes développeurs qui a déjà accueilli 10000 informaticiens. Preuve que l’influence française n’est pas prête de s’arrêter, « l’événement est à la une du plus grand quotidien tunisien (Ndlr: La Presse)» se félicite Alexandre Ratle à propos du forum Tunisie-France baptisé « Réussir ensemble aujourd’hui et demain »