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Archives for octobre 2018

SECTEURS CLÉS Petit pays par la taille mais grand par le talent

Grâce à sa situation géographique et à ses ressources humaines qualiiées et francophones, la Tunisie ofre des marchés variés pour les investisseurs français.

Tourisme : le phénix renaît de ses cendres Le tourisme ne demande qu’à retrouver ses couleurs. Au dé- but des années 2010, ce sec- teur représentait jusqu’à 10 % du Pib tunisien. En 2015, un attentat près de Sousse avait fait 39 victimes, principale- ment ouest-européennes et fait plonger de 50 % les réser- vations touristiques. Depuis, le tourisme reprend peu à peu sans retrouver les chiffres des années fastes. En 2017, près de septmillions de touristes sont venus en Tunisie, soit 23 % de plus qu’en 2016. Il y a une re- composition de la clientèle: les touristes algériens ont pris la place traditionnellement dé- volue aux touristes français. La clientèle russe a également fait un bond ces dernières années. Un autre déi à relever pour ce secteur est la modernisation de ses installations. Contrairement au Maroc, l’industrie hôtelière n’a pas beaucoup modernisé son parc depuis l’émergence du tourisme de masse dans les années 1980. Jacques Séguéla, co-fondateur du nouvel Havas, agence présente en Tunisie de- puis cinq ans, est intervenu au colloque Tunisie-France. Pour booster le tourisme, il préconise une campagne publicitaire glo- bale. « Les Tunisiens sont très créa- tifs. », déclare-t-il. « Leur créa- tivité doit s’exprimer avec plus d’audace ». Il estime par ailleurs que l’artisanat du pays mérite d’être davantage médiatisé.

Traitement des eaux : les projets foisonnent Le chef du gouvernement, Youssef Chahed, a annoncé, le 16février dernier, des pro- jets relatifs au développement des infrastructures de traite- ment des eaux. Parmi ces pro- jets, igure la réhabilitation des réseaux d’assainissement de Tozeur et de Nafta. Au moins deux autres chantiers d’enver- gure sont en préparation pour 2018: le dessalement des eaux de mer à Sfax et l’assainissement de la ville de Gabès. Ce secteur du traitement des eaux est inves- ti par des entreprises françaises. Parmi elles, la SEM (Société des Eaux de Marseille), 2000 col- laborateurs et 330millions de chiffre d’affaires, iliale de Veolia. « Depuis septembre 2017, nous sommes en charge de l’entretien du réseau d’assainissement et des stations de pompage de la ville de Sousse à travers notre filiale Somedenfruitd’unejoint-venture avec le groupe Al Badr. », détaille Alain Meyssonnier, président du comité PACA & Corse des CCE et directeur général adjoint en charge de l’international et des partenariats.
« Nous assurons aussi la gestion d’une station d’épuration dans cette ville de 300 000 habitants », ajoute-t-il. «Nous postulons également sur des appels d’offres en cours pour exploiter les stations d’épuration et améliorer la performance de la Sonede, (société publique tu- nisienne en charge de la distribu- tion d’eau potable) et de l’Onas, en charge de l’assainissement ».

L’esprit digital vibre en Tunisie
Le secteur du digital a le vent en poupe. L’intérêt pour la troisième édition de l’evenement dédié au digital en Tunisie les 15 et 16 mars der- niers, l’atteste. «Le groupe Orange a choisi de s’implanter en Tunisie dès 2011 », rappelle Sté- phane Richard son Pdg. Pour accompagner le développement de ce secteur, les universités tu- nisiennes forment chaque an- née 12 000 nouveaux diplômés dans les technologies de l’in- formation et la communication (TIC). Quant à Xavier Niel, en- trepreneur visionnaire du sec- teur numérique, il mise beau- coup sur la Tunisie. Outre ses projets d’investissements dans des startups et le rayonnement de son École 42 en Tunisie, il participe à l’installation d’une station F, sur le modèle du hall Freyssinet. Présenté comme un immense incubateur de star- tups, cette station qui ouvrira ses portes cette année à Tunis prendra ensuite le nom de « station T ». Sa direction a été coniée à Neila Ben Zina (voir aussi p. 33), CEO de Business & Decision Tunisie.
Aéronautique : un exemple à transposer
« L’aéronautique est une grande réussite du partenariat franco- tunisien », a déclaré le président Macron lors de son discours de clôture du forum Tunisie- France, saluant l’implantation d’Airbus dans le pays. Le lance- ment de Stelia, iliale du groupe toulousain, avait été oficialisé en 2009 par la signature d’un accord avec le gouvernement tunisien. Cette iliale emploie aujourd’hui directement près de 1000 salariés, essentielle- ment tunisiens, et indirectement près de 3 000. Elle est dédiée à la production de composants de carlingues pour la famille des A320. « La grande valeur ajou- tée de notre implantation est la création d’un parc aéronautique en banlieue de Tunis», explique Mikail Houari, président Afrique et Moyen-Orient d’Airbus et président du co- mité Émirats arabes unis des CCE. «Sur un même site, une dizaine de sociétés sous- traitantes et partenaires sont ins- tallées, de nationalités variées. Les produits fabriqués passent physi- quement d’un hangar à l’autre. D’où une grande fluidité dans la chaîne de production, un gain de temps et de productivité. »

La main-d’œuvre bon marché et très qualiiée ainsi que la proximité géographique avec l’Europe font de la Tunisie un pays de cocagne pour les équi- pementiers aéronautiques. Pour s’adapter à la montée en puis- sancedecetteilière,laTunisie a joué le jeu en créant une for- mation qualiiante aux métiers de l’aéronautique, le Cemia, Centre d’excellence des métiers de l’aéronautique. L’école forme plusieurs centaines de jeunes par an qui intègrent ensuite, sans passer par la case chômage, les 70 entreprises aéronautiques recensées sur le territoire natio- nal. Dans un pays où la lutte contre le chômage des jeunes est une priorité, ce partenariat entre les investisseurs étrangers et les autorités tunisiennes est certainement transposable à d’autres secteurs.

 

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Industrie tunisienne du textile

Au premier semestre, les exportations d’habillement de la Tunisie vers l’Union européenne ont progressé de 3,5 %.

Que vive le textile made in Tunisia ! Une vingtaine d’industriels tunisiens du secteur participent au salon Première vision qui, jusqu’au vendredi 21 septembre, a rassemblé les professionnels du textile au parc des expositions de Villepinte (Seine-Saint-Denis). Tous sont venus étoffer leur carnet de commandes, en espérant sortir définitivement de la crise qu’ils traversent depuis sept ans.

Au lendemain de la révolution et de la fuite de Ben Ali, le 14 janvier 2011, le secteur qui pèse pour 20% du PIB du pays était entré dans une sévère zone de turbulences. Les attentats de 2015 à Tunis et sur les plages de Sousse ont ensuite tétanisé les touristes. Depuis, beaucoup de dirigeants de marques de mode ont renoncé à se rendre dans le pays et à y faire fabriquer leurs collections. Les protestations sociales les ont aussi inquiétés. « Les donneurs d’ordre ont pris peur », résume Daniel Harari, PDG de Lectra, fabricant de logiciels et de machines destinés au secteur.

Le leader du jean, Levi Strauss, a ainsi préféré l’Egypte, ses filatures de coton, ses tisseurs et ses usines de confection. D’autres ont choisi de réduire la production en Tunisie, pour privilégier les usines du Maroc, de Turquie ou, bien sûr, celles situées en Asie.

Dans une activité qui exporte 98 % de sa production vers l’Union européenne, cette chute de commandes a fait du tort. Notamment dans le Sahel tunisien, près de Monastir, creuset du textile du pays. «En 2008, le secteur comptait 2 000 entreprises. Il n’en dénombre plus que 1 600 », estime Nejib Karafi, directeur général de la Fédération tunisienne du textile et de l’habillement. Et dans la foulée, le nombre d’emplois a dégringolé pour s’établir à 158 600 employés. Le textile demeure cependant un gros employeur totalisant « 31 % des effectifs de l’industrie manufacturière ».

Faiblesse du dinar

Dès lors, le gouvernement de Youssef Chahed a fait de ce secteur l’une de ses priorités économiques, aux côtés du tourisme et de l’agriculture. De fait, la reprise dans ce domaine serait une bonne nouvelle de plus pour Tunis. Cet été, la fréquentation touristique a progressé de 47 % par rapport à 2017. « Et l’exportation d’agrumes et d’huile d’olive devrait battre des records ».

Le gouvernement chante déjà les louanges de son plan triennal adopté en 2017 pour relancer l’investissement et soutenir la formation dans le textile. Début septembre, le ministre de l’industrie, Slim Feriani s’est rendu à Monastir pour souligner combien ce secteur a regagné des couleurs. « Au premier semestre 2018, les exportations d’habillement vers l’Union européenne ont progressé de 3,5 %. C’est le meilleur score parmi les dix meilleurs fournisseurs de l’Europe ! », reconnaît Jean-François Limantour, président de l’Association Euro-Méditerranéenne des dirigeants du textile et de l’habillement.

Le secteur a notamment profité de la faiblesse du dinar. A en croire Claude Tétard, fabricant de chemises à Menzel Ennour, près de Monastir, « la dévaluation a quasi compensé les augmentations de salaires ».
La Tunisie a aussi retrouvé grâce aux yeux des donneurs d’ordre pour satisfaire leurs rythmes de collections. En proie à un essoufflement de leurs ventes en France, les enseignes de mode achètent au gré de leurs besoins, prudemment, pour se faire livrer plus rapidement que depuis l’Asie, explique Sami Najjar, directeur de l’usine Damart de Zaghouan.
La santé de l’industrie tunisienne demeure cependant fragile. « Les exportations sont encore 25 % en dessous de leur niveau d’il y a dix ans», observe M. Limantour. Car l’industrie locale doit rivaliser avec les usines d’autres pays du bassin méditerranéen qui tournent à moindre coût. A commencer par celles situées en Turquie. « La dépréciation de la livre turque dope ses exportations. Et de surcroît, le pays bénéficie d’un accès total à droits nuls aux marchés européens », indique Jean-François Limantour.
La Fédération tunisienne du textile et de l’habillement plaide donc pour une application des dérogations aux droits de douane appliqués aux industriels tunisiens. Depuis 2008, la Tunisie relève de la zone de libre-échange pour les produits industriels avec l’Union européenne. « Or des droits de douane de 12 % sont appliqués sur les tissus importés et les opérations de finition », déplore M. Karafi. Des taxes qui plombent le coût de revient des jeans, dont la Tunisie demeure le 5e fournisseur dans l’Union européenne.

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