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Lobbying

L’amie Hillary

A la différence de ses voisins marocain et algérien, très représentés sur la colline du Capitole, qui abrite le Congrès des États-Unis, la Tunisie ne dispose pas de lobbyistes attitrés à Washington. Le réseau informel le plus actif est Tunisian American Young Professionals (TAYP), présidé par Mohamed Malouche, consultant chez Deloitte. Il a entrepris de sensibiliser les décideurs américains à la cause tunisienne. En l’espace de cinq ans, TAYP a réussi à s’imposer comme un interlocuteur incontournable et a tissé des liens privilégiés avec l’entourage de Hillary Clinton. Deux membres du board de TAYP, Shelly Porges et Kris Balderston, sont d’anciens collaborateurs de la candidate démocrate. Porges a été conseillère principale du Global Entrepreneurship Program du département d’État américain et a conduit des levées de fonds au profit de la candidature Clinton. Balderston a travaillé aux côtés de Hillary en qualité de chef de cabinet adjoint quand cette dernière était sénatrice de l’État de New York et l’a suivie au département d’État, entre 2009 et 2013.

À en croire Mohamed Malouche, cette proximité est d’abord le fruit de circonstances exceptionnelles : « Hillary Clinton a immédiatement saisi l’ampleur de ce qui se jouait en Tunisie pendant la révolution, elle a réagi immédiatement en envoyant son sous-secrétaire d’État Jeffrey Feltman, qui a été le premier responsable occidental à nouer des contacts directs avec les autorités de la transition, dès le 25 janvier 2011, alors que les Français, par exemple, étaient encore englués dans l’affaire Alliot-Marie. » Même si la coopération s’est intensifiée au cours du second mandat de Barack Obama – 140 millions de dollars d’aide ont été budgétés pour 2017, dont une moitié consacrée à l’aide militaire et à la lutte antiterroriste -, c’est Hillary qui a inscrit la Tunisie sur l’agenda du département d’État. Elle a donné l’impulsion aux programmes du Tunisian American Enterprise Fund (doté de 100 millions de dollars) et des bourses universitaires d’échange Thomas Jefferson.

Le tropisme tunisien de la candidate démocrate remonte à la fin des années 1990. Celle qui était encore First Lady s’était rendue en visite privée en Tunisie avec sa fille, Chelsea, pour « oublier » les tourments de l’affaire Monica Lewinsky et fuir les paparazzis. « Ce voyage la marquée et reste pour elle un excellent souvenir, raconte Mohamed Malouche. Il lui a permis de découvrir à la fois la richesse de la civilisation du pays, la vitalité de sa société civile et le rôle joué par les femmes. »

CURIOSITÉ.

Si les décideurs tunisiens ont bien conscience de disposer d’une alliée de poids en la personne de Hillary Clinton, celle-ci souffre néanmoins d’un déficit d’image auprès de l’opinion publique. Son amitié affichée pour Israël et une orientation diplomatique jugée à l’époque « trop compréhensive » envers les Frères musulmans nourrissent les préventions de la mouvance nationaliste. Paradoxalement, Donald Trump, le trublion islamophobe, suscite davantage de curiosité que de rejet. Son indépendance supposée vis-à-vis des lobbys et la tonalité isolationniste qu’il entend donner à la diplomatie américaine plaident en sa faveur aux yeux d’une population fatiguée des ingérences de l’Oncle Sam dans le monde arabe. Rien ne garantit cependant qu’il restera sur cette ligne s’il est élu.

L’issue du scrutin du 8 novembre demeure très indécise. Que se passerait-il si le candidat républicain venait à l’emporter ? C’est la grande inconnue. Trump est moins à laise que Clinton sur les questions étrangères, qui ne se prêtent pas aux simplifications qu’il affectionne. Il n’a en réalité ni vision ni doctrine bien arrêtées. « Il ne faut préjuger de rien, estime Mohamed Malouche, mais le plus probable est qu’il ne s’impliquera pas beaucoup. Si la Maison Blanche est en retrait, alors, mécaniquement, le rôle du Congrès pourrait devenir central dans la fabrication de la politique étrangère. » Le sénateur républicain John McCain est l’un des plus au fait du dossier tunisien. Il entretient un dialogue régulier à la fois avec les autorités et avec les dirigeants du parti islamiste Ennahdha. Mais ses relations avec Trump sont compliquées.

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Nécessité d’une meilleure gouvernance des entreprises publiques en Tunisie

Le rôle des entreprises publiques en Tunisie était historiquement important et le demeure encore en termes de leur contribution à l’activité économique, l’emploi et la fourniture de services vitaux. A la fin 2011, il y avait 104 entreprises publiques dans le portefeuille du gouvernement, dans 14 secteurs pour un total estimé de près de 120,000 emplois (ou presque, quatre pour-cent de l’emploi total). En plus des services publics, les principaux secteurs dans lesquels la présence des entreprises publiques est importante sont le transport, l’infrastructure, l’industrie et la banque.

Les entreprises publiques ont tendance sont vulnérables aux problèmes de gouvernance et de clientélisme qui regne depuis la dictature. La performance des entreprises publiques en Tunisie souligne qu’en général les entreprises publiques tunisiennes souffrent de problèmes liés à leur gouvernance interne et externe. Il en résulte qu’en Tunisie l’accès privilégié aux actifs propriété de l’Etat était une cible importante des chercheurs de rente et d’argent gagné, tel que décrit en détail dans le rapport de la Commission nationale d’investigation sur la corruption et la malversation (CNICM) publié en Novembre 2011.

Généralement, les entreprises publiques sont sous-performantes et plusieurs accusent des pertes financières depuis des années malgré la protection de la concurrence et un appui important du gouvernement. Au cours des dernières années les transferts annuels prévus au budget vers les entreprises publiques déficitaires se sont montés à 0,8 pour-cent du PIB en moyenne. Les pertes supplémentaires étaient financées par l’accès au crédit (ou reportées dans le futur) mais il n’y pas d’estimation exacte de ces passifs sous quelque forme que ce soit. De plus ces coûts financiers devraient être augmentés par tous les transferts implicites dont bénéficient les entreprises publiques, par exemple en termes de position monopolistique sur le marché, qui leur permet d’extraire des rentes de situation (à témoin, par exemple, le coût exorbitant des appels internationaux vers et de la Tunisie ou le coût élevé des billets d’avion de et vers la Tunisie), ou en termes d’accès aux ressources naturelles à un prix moindre que les prix du marché.
Tel que discuté dans le texte principal, en Tunisie ces généreuses subventions signifient que les entreprises publiques profitent d’avantages anti-concurrentiels, de telle sorte que leur gestion mène à des conditions de concurrence inégales qui pénalisent les entreprises les plus efficaces, bloquant leur croissance (et par conséquent la création d’emplois). De plus, tel que démontré dans la réalité, les entreprises publiques imposent des coûts économiques graves à l’économie, aussi bien directement qu’indirectement. La fourniture insuffisante d’intrants et de services essentiels augmente les coûts pour les entreprises locales, limite leur expansion, et restreint leur compétitivité et la croissance en général.

En plus des transferts officiels vers les entreprises publiques, les subventions croisées cachées masquent l’inefficacité de certaines entreprises publiques qui à un énorme coût pour le pays. Par exemple, dans le secteur de l’énergie, l’entreprise pétrolière nationale ETAP importe du pétrole et du gaz pour le compte de la société de raffinage , la STIR, et de la société responsable de la production d’électricité, la STEG. L’ETAP importe du pétrole brut et le vend à moins d’un tiers du prix du marché international. Donc, les bénéficies de l’ETAP (et donc les revenus pour le budget) sont plus bas à cause de ce transfert caché pour la STIR. Le montant des transferts cachés est encore plus élevé pour le gaz naturel, qui est vendu à la STEG à hauteur de 10 pour cent du prix international. Globalement, le montant total des subventions cachées à la STIR et la STEG est estimé à approximativement 2,2 pour cent du PIB en 2009 (ou 1,5 milliards de TND). De plus, puisque la production est insuffisante pour satisfaire la demande interne, une grande partie de la consommation nationale de GPL, d’essence et de diesel est importée (jusqu’à 72 pour cent en volume en 2008). Les coûts sont couverts par l’Etat mais personne n’a une connaissance totale de l’efficacité des procédures d’achats pour les importations et l’efficacité de la société. Ce modèle semble être cher et non-transparent, puisque les pertes financières n’apparaissent pas explicitement.De même, en Tunisie,les banques publiques ont accumulé de larges passifs, et requièrent maintenant un transfert massif du budget de l’Etat. Les proches hommes d’affaires de Ben Ali ont utilisé les banques publiques pour obtenir un accès privilégié aux crédits à des conditions avantageuses. De plus, les banques publiques ont donné des crédits aux entreprises publiques pour financer leurs activités, masquant ainsi leurs pertes, alors que les entreprises ne pouvaient pas (ou ne voulaient pas) repayer leurs crédits. Ces défaillances en matière de gouvernance ont empêché le secteur financier de canaliser ses ressources vers les projets économiquement les plus rentables et a affaibli la stabilité du secteur financier, de telle sorte qu’il requiert aujourd’hui un effort de recapitalisation. Le report du FSAP 2012 de la Banque et du FMI a estimé que les créances accrochées (NPL) accumulées par les banques publiques requièrent une recapitalisation des ces banques de l’ordre de trois à cinq pourcent du PIB, dans le cadre du scénario de référence.

Remarque : Notamment, le manque de transparence et une comptabilité, des fonctions de reporting et de budgétisation faibles; faible fonction de la propriété de l’état; faiblesse de la gouvernance interne de l’entreprise, caractérisé par des conseils d’administration faibles, prolifération des contrôles mais avec une efficacité limitée.Plusieurs pratiques sont récurrentes concernant les entreprises publiques :
accès aux terres publiques à des conditions hors marché, ce qui était très lucratif dans un contexte où le secteur de l’immobilier est en plein essor;
utiliser des renseignements d’initiés sur les actifs à être privatisés et restructurés pour acquérir des participations à des conditions hors-marché ;
l’exploitation abusive des services et des biens publics à des fins privées, comme Karthago Airlines, qui a utilisé les services d’entretien et de catering de Tunisair sans payer;
rachat des actions dans des secteurs stratégiques tels que les banques et l’utilisation des services publics privatisés pour donner aux entreprises de la famille dirigeante et c’est proches hommes d’affaires un avantage comparatif dans certains secteurs. En outre, les proches de l’ex-Président ont utilisé les banques publiques pour obtenir un accès privilégié au crédit à des conditions avantageuses. Dans l’ensemble, pendant ce temps, il était bien connu que les nominations des Présidents Directeurs Généraux ont été « politisées» et de grandes quantités de ressources publiques ont été transférées à des proches.

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