Au premier semestre, les exportations d’habillement de la Tunisie vers l’Union européenne ont progressé de 3,5 %.

Que vive le textile made in Tunisia ! Une vingtaine d’industriels tunisiens du secteur participent au salon Première vision qui, jusqu’au vendredi 21 septembre, a rassemblé les professionnels du textile au parc des expositions de Villepinte (Seine-Saint-Denis). Tous sont venus étoffer leur carnet de commandes, en espérant sortir définitivement de la crise qu’ils traversent depuis sept ans.

Au lendemain de la révolution et de la fuite de Ben Ali, le 14 janvier 2011, le secteur qui pèse pour 20% du PIB du pays était entré dans une sévère zone de turbulences. Les attentats de 2015 à Tunis et sur les plages de Sousse ont ensuite tétanisé les touristes. Depuis, beaucoup de dirigeants de marques de mode ont renoncé à se rendre dans le pays et à y faire fabriquer leurs collections. Les protestations sociales les ont aussi inquiétés. « Les donneurs d’ordre ont pris peur », résume Daniel Harari, PDG de Lectra, fabricant de logiciels et de machines destinés au secteur.

Le leader du jean, Levi Strauss, a ainsi préféré l’Egypte, ses filatures de coton, ses tisseurs et ses usines de confection. D’autres ont choisi de réduire la production en Tunisie, pour privilégier les usines du Maroc, de Turquie ou, bien sûr, celles situées en Asie.

Dans une activité qui exporte 98 % de sa production vers l’Union européenne, cette chute de commandes a fait du tort. Notamment dans le Sahel tunisien, près de Monastir, creuset du textile du pays. «En 2008, le secteur comptait 2 000 entreprises. Il n’en dénombre plus que 1 600 », estime Nejib Karafi, directeur général de la Fédération tunisienne du textile et de l’habillement. Et dans la foulée, le nombre d’emplois a dégringolé pour s’établir à 158 600 employés. Le textile demeure cependant un gros employeur totalisant « 31 % des effectifs de l’industrie manufacturière ».

Faiblesse du dinar

Dès lors, le gouvernement de Youssef Chahed a fait de ce secteur l’une de ses priorités économiques, aux côtés du tourisme et de l’agriculture. De fait, la reprise dans ce domaine serait une bonne nouvelle de plus pour Tunis. Cet été, la fréquentation touristique a progressé de 47 % par rapport à 2017. « Et l’exportation d’agrumes et d’huile d’olive devrait battre des records ».

Le gouvernement chante déjà les louanges de son plan triennal adopté en 2017 pour relancer l’investissement et soutenir la formation dans le textile. Début septembre, le ministre de l’industrie, Slim Feriani s’est rendu à Monastir pour souligner combien ce secteur a regagné des couleurs. « Au premier semestre 2018, les exportations d’habillement vers l’Union européenne ont progressé de 3,5 %. C’est le meilleur score parmi les dix meilleurs fournisseurs de l’Europe ! », reconnaît Jean-François Limantour, président de l’Association Euro-Méditerranéenne des dirigeants du textile et de l’habillement.

Le secteur a notamment profité de la faiblesse du dinar. A en croire Claude Tétard, fabricant de chemises à Menzel Ennour, près de Monastir, « la dévaluation a quasi compensé les augmentations de salaires ».
La Tunisie a aussi retrouvé grâce aux yeux des donneurs d’ordre pour satisfaire leurs rythmes de collections. En proie à un essoufflement de leurs ventes en France, les enseignes de mode achètent au gré de leurs besoins, prudemment, pour se faire livrer plus rapidement que depuis l’Asie, explique Sami Najjar, directeur de l’usine Damart de Zaghouan.
La santé de l’industrie tunisienne demeure cependant fragile. « Les exportations sont encore 25 % en dessous de leur niveau d’il y a dix ans», observe M. Limantour. Car l’industrie locale doit rivaliser avec les usines d’autres pays du bassin méditerranéen qui tournent à moindre coût. A commencer par celles situées en Turquie. « La dépréciation de la livre turque dope ses exportations. Et de surcroît, le pays bénéficie d’un accès total à droits nuls aux marchés européens », indique Jean-François Limantour.
La Fédération tunisienne du textile et de l’habillement plaide donc pour une application des dérogations aux droits de douane appliqués aux industriels tunisiens. Depuis 2008, la Tunisie relève de la zone de libre-échange pour les produits industriels avec l’Union européenne. « Or des droits de douane de 12 % sont appliqués sur les tissus importés et les opérations de finition », déplore M. Karafi. Des taxes qui plombent le coût de revient des jeans, dont la Tunisie demeure le 5e fournisseur dans l’Union européenne.