Grâce à sa situation géographique et à ses ressources humaines qualiiées et francophones, la Tunisie ofre des marchés variés pour les investisseurs français.

Tourisme : le phénix renaît de ses cendres Le tourisme ne demande qu’à retrouver ses couleurs. Au dé- but des années 2010, ce sec- teur représentait jusqu’à 10 % du Pib tunisien. En 2015, un attentat près de Sousse avait fait 39 victimes, principale- ment ouest-européennes et fait plonger de 50 % les réser- vations touristiques. Depuis, le tourisme reprend peu à peu sans retrouver les chiffres des années fastes. En 2017, près de septmillions de touristes sont venus en Tunisie, soit 23 % de plus qu’en 2016. Il y a une re- composition de la clientèle: les touristes algériens ont pris la place traditionnellement dé- volue aux touristes français. La clientèle russe a également fait un bond ces dernières années. Un autre déi à relever pour ce secteur est la modernisation de ses installations. Contrairement au Maroc, l’industrie hôtelière n’a pas beaucoup modernisé son parc depuis l’émergence du tourisme de masse dans les années 1980. Jacques Séguéla, co-fondateur du nouvel Havas, agence présente en Tunisie de- puis cinq ans, est intervenu au colloque Tunisie-France. Pour booster le tourisme, il préconise une campagne publicitaire glo- bale. « Les Tunisiens sont très créa- tifs. », déclare-t-il. « Leur créa- tivité doit s’exprimer avec plus d’audace ». Il estime par ailleurs que l’artisanat du pays mérite d’être davantage médiatisé.

Traitement des eaux : les projets foisonnent Le chef du gouvernement, Youssef Chahed, a annoncé, le 16février dernier, des pro- jets relatifs au développement des infrastructures de traite- ment des eaux. Parmi ces pro- jets, igure la réhabilitation des réseaux d’assainissement de Tozeur et de Nafta. Au moins deux autres chantiers d’enver- gure sont en préparation pour 2018: le dessalement des eaux de mer à Sfax et l’assainissement de la ville de Gabès. Ce secteur du traitement des eaux est inves- ti par des entreprises françaises. Parmi elles, la SEM (Société des Eaux de Marseille), 2000 col- laborateurs et 330millions de chiffre d’affaires, iliale de Veolia. « Depuis septembre 2017, nous sommes en charge de l’entretien du réseau d’assainissement et des stations de pompage de la ville de Sousse à travers notre filiale Somedenfruitd’unejoint-venture avec le groupe Al Badr. », détaille Alain Meyssonnier, président du comité PACA & Corse des CCE et directeur général adjoint en charge de l’international et des partenariats.
« Nous assurons aussi la gestion d’une station d’épuration dans cette ville de 300 000 habitants », ajoute-t-il. «Nous postulons également sur des appels d’offres en cours pour exploiter les stations d’épuration et améliorer la performance de la Sonede, (société publique tu- nisienne en charge de la distribu- tion d’eau potable) et de l’Onas, en charge de l’assainissement ».

L’esprit digital vibre en Tunisie
Le secteur du digital a le vent en poupe. L’intérêt pour la troisième édition de l’evenement dédié au digital en Tunisie les 15 et 16 mars der- niers, l’atteste. «Le groupe Orange a choisi de s’implanter en Tunisie dès 2011 », rappelle Sté- phane Richard son Pdg. Pour accompagner le développement de ce secteur, les universités tu- nisiennes forment chaque an- née 12 000 nouveaux diplômés dans les technologies de l’in- formation et la communication (TIC). Quant à Xavier Niel, en- trepreneur visionnaire du sec- teur numérique, il mise beau- coup sur la Tunisie. Outre ses projets d’investissements dans des startups et le rayonnement de son École 42 en Tunisie, il participe à l’installation d’une station F, sur le modèle du hall Freyssinet. Présenté comme un immense incubateur de star- tups, cette station qui ouvrira ses portes cette année à Tunis prendra ensuite le nom de « station T ». Sa direction a été coniée à Neila Ben Zina (voir aussi p. 33), CEO de Business & Decision Tunisie.
Aéronautique : un exemple à transposer
« L’aéronautique est une grande réussite du partenariat franco- tunisien », a déclaré le président Macron lors de son discours de clôture du forum Tunisie- France, saluant l’implantation d’Airbus dans le pays. Le lance- ment de Stelia, iliale du groupe toulousain, avait été oficialisé en 2009 par la signature d’un accord avec le gouvernement tunisien. Cette iliale emploie aujourd’hui directement près de 1000 salariés, essentielle- ment tunisiens, et indirectement près de 3 000. Elle est dédiée à la production de composants de carlingues pour la famille des A320. « La grande valeur ajou- tée de notre implantation est la création d’un parc aéronautique en banlieue de Tunis», explique Mikail Houari, président Afrique et Moyen-Orient d’Airbus et président du co- mité Émirats arabes unis des CCE. «Sur un même site, une dizaine de sociétés sous- traitantes et partenaires sont ins- tallées, de nationalités variées. Les produits fabriqués passent physi- quement d’un hangar à l’autre. D’où une grande fluidité dans la chaîne de production, un gain de temps et de productivité. »

La main-d’œuvre bon marché et très qualiiée ainsi que la proximité géographique avec l’Europe font de la Tunisie un pays de cocagne pour les équi- pementiers aéronautiques. Pour s’adapter à la montée en puis- sancedecetteilière,laTunisie a joué le jeu en créant une for- mation qualiiante aux métiers de l’aéronautique, le Cemia, Centre d’excellence des métiers de l’aéronautique. L’école forme plusieurs centaines de jeunes par an qui intègrent ensuite, sans passer par la case chômage, les 70 entreprises aéronautiques recensées sur le territoire natio- nal. Dans un pays où la lutte contre le chômage des jeunes est une priorité, ce partenariat entre les investisseurs étrangers et les autorités tunisiennes est certainement transposable à d’autres secteurs.